2015 - Collection en mouvement, Argentat : Jane Harris

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Médiathèque du pays d'Argentat
Place Joseph Faure
19400 Argentat

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Vernissage mercredi 8 avril à 18h :
L'artiste Janes HARRIS nous livre son regard sur l'exposition 

Exposition 9 avril - 9 mai 2015

  • Jane Harris, Moment of Alignment, 2014 Sérigraphie, 56 x 77 cm
    Collection Artothèque du Limousin / © J. Harris
  • Jane Harris, The Parting, 2012 Sérigraphie, 57 x 77 cm
    Collection Artothèque du Limousin / © J. Harris
  • Jane Harris, Stranger, 2010 Huile sur toile, 66 x 76 cm
    Collection FRAC Limousin / © J. Harris


Lorsqu'on examine en détail l'itinéraire de Jane Harris (née en 1956), on comprend que son parcours de peintre s'est mis en place avec le temps, étape par étape.
D'abord expressionniste abstraite, sa démarche s'est peu à peu structurée, dans un premier temps au contact du paysagisme et de l'art des jardins puis, dans une volonté d'approfondissement, par la mise en place d'une série de décisions techniques et formelles qui coïncident peu ou prou avec deux ultimes années d'étude au fameux Goldsmiths College of Art (Londres) de 1989 à 1991.

A ce moment du développement de son art, Jane Harris adopte trois principes méthodiques pour peindre et dessiner avec lesquels elle travaille toujours.
- Le premier est celui du choix de l'ellipse comme forme de base. Travaillée à l'aide d'outils comme le perroquet ou la règle d'architecte, cette forme peut-être presqu'aussi large qu'un cercle ou étirée au maximum en longueur, c'est selon.
- Le second est de limiter le choix à deux couleurs, souvent noir et blanc pour le dessin, dans des gammes volontiers métalliques pour les tableaux.
- Le troisième concerne la fabrication des peintures qui superposent au minimum cinq couches épaisses de matière pigmentée appliquées selon des gestes répétitifs ou sinueux qui donnent de la profondeur et absorbent ou renvoient la lumière.

Les peintures et les dessins de Jane Harris, malgré ou à cause de cette méthode qui peut sembler stricte et contraignante, développent au contraire au fil du temps une grande variété de possibilités. Commentée par de nombreux critiques d'art, son œuvre a pu être qualifiée de « minimalisme rococo » et les appréciations binaires à son endroit sont courantes : positif / négatif, concret / immatériel, organique / synthétique.

En montrant plusieurs séries de dessins, une peinture monochrome de moyen format, des dessins aquarellés et les deux premières sérigraphies réalisées par l'artiste très récemment, en 2012 et 2014, nous voulons mettre en avant la complexité et l'envergure de la recherche de l'artiste.
Ainsi, les trois dessins intitulés « Spacers 3 » (entretoises 3) 2010 montrent-ils des réseaux complexes obtenus par la superposition de motifs elliptiques et des rythmes internes hachurés, répétitifs et très contrastés qui distraient le premier regard. L'appréhension de l'œuvre se fait dans cet aller-retour permanent entre le contraste forme / fond et ces structures internes parasites, dans un incessant dérèglement du point de focalisation.

La toile monochrome intitulée « Stranger » (étranger ou plus étrange) 2010 suggère le même trouble optique dont le spectateur à l'entière jouissance selon le point de vue, la distance et la source de lumière qui joue sur le tableau. Le choix d'une seule ellipse sur un format moyen et les couches de noir profond qui la constituent ajoutent de l'intimité et du mystère à la relation entre le regardeur et le tableau.

« The Parting » (la séparation), première expérience sérigraphique, et cet autre dessin sans titre de la même période sont basés sur la présence de deux ellipses.
Le dessin au crayon montre les deux formes presque circulaires réparties dans le format du papier selon une double symétrie gauche/droite haut/bas qui suggèrent une floraison ou un phénomène climatique, par exemple.

La sérigraphie fait coexister les deux ellipses étirées horizontalement l'une au- dessus de l'autre. Le contraste des formes bleues sur le fond gris est amplifié par l'effet positif/négatif entre les deux ellipses, l'une semblant le négatif de l'autre.

Deux dessins au crayon et à l'aquarelle intitulés « Part Worlds, Worlds Apart » (mondes de partie, mondes à part) 2011 ressemblent à des études de détails, à des agrandissements de motifs contenus dans certains dessins antérieurs. L'exécution parfaite des aplats gris réalisés au crayon trouve une contradiction interne dans l'aléa des zones traitées à l'aquarelle. L'œil hésite entre seconde et troisième dimension.

« Colour Interlude » (interlude coloré) et « Moment of Alignment » (moment d'alignement), ainsi que son étude, permettent de montrer les recherches récentes de Jane Harris en direction de la couleur. Reprenant les motifs dessinés en 2009, elle applique la même méthode de cohabitation et d'enchevêtrement d'aplats colorés et de zones aquarellées pour suggérer des espaces intermédiaires entre deux et trois dimensions, les effets de l'encre sérigraphique se substituant à ceux de l'aquarelle.

Avec cet ensemble d'une douzaine d'œuvres récentes de Jane Harris acquises depuis 2010 par le FRAC-Artothèque du Limousin, il est possible d'apprécier l'évolution de sa recherche picturale. Les recherches graphiques menées en parallèle de la peinture et les toutes premières expériences en sérigraphie montrent le soin qu'elle apporte à trouver les moyens de constituer pour chaque œuvre une dynamique visuelle que chaque regard ou coup d'œil viendra renouveler. Nous partageons le point de vue du critique Barry Schwabsky dans l'essai qu'il lui consacra en 2007 intitulé « Artificial Life Forms » (formes de vie artificielle) et qu'il conclut ainsi:
« Les peintures et les dessins de Jane Harris partagent le paradoxe que pendant qu'ils réclament avec insistance l'attention à la facticité matérielle de leur surface, leur animation dans l'œil leur donne de la vie dans l'imagination. » Yannick Miloux, mars 2015

 

Opération réalisée par le FRAC- Artothèque du Limousin et le FACLim, en partenariat avec la Communauté de communes du Pays d'Argentat.
Le FRAC-Artothèque du Limousin et le FACLim, sont financés par la Région Limousin.