John Currin

The Old Guy

1994
Huile sur toile
112 x 76 cm
Collection FRAC Limousin
Inv. : 199503
© John Currin.
Courtesy Gagosian Gallery, New York
Photo : Frédérique Avril

Currin2Ce tableau de John Currin est de retour des USA. Il vient d’être présenté au Musée de Dallas dans une exposition intitulée « John Currin : My Life as a Man »(1) uniquement consacrée aux hommes peints par l’artiste depuis vingt-cinq ans. Currin étant davantage connu pour ses portraits de femmes ou de couples, cette exposition a eu le mérite de proposer une nouvelle approche de la démarche de l’artiste, à savoir « figurer la masculinité à l’ère de Me too ».(2)

Dans l’épais catalogue richement illustré édité à l’occasion par la galerie Gagosian, on apprend beaucoup de choses sur l’itinéraire et la méthode de l’artiste grâce à la publication des tableaux et des dessins. Ainsi un dessin à l’encre préparatoire au tableau « The Old Guy » est reproduit page 67 qui permet d’appréhender la mise en place du personnage dans le format de la feuille de papier. La chevelure est abondante ; les contrastes lumineux sont bien marqués car limités à des teintes de bruns et de roux ; la mise en espace du personnage s’appuie sur des zones sombres en haut à gauche et en bas à droite de la feuille ; le regard vitreux et cerné de l’homme lui donne cet air harassé…
Lorsqu’on compare le dessin avec le tableau, on a l’impression que le « vieux garçon » est allé chez le coiffeur, qu’il a troqué son chandail contre un débardeur et surtout, qu’il est localisé dans un cabinet de toilette un peu décati.

L’ouvrage donne la parole à l’artiste qui commente la plupart de ses œuvres. On y apprend ainsi que pour ce tableau, « le scénario est venu de Mad magazine, d’un dessin de Dave Berg. Dave était le plus célèbre cartoonist de Mad, mais il n’était pas le plus talentueux dessinateur. Ses dessins étaient du côté le plus léger de la révolution sexuelle, de la politique. En tant qu’artiste, j’essaie de dessiner aussi bien que les autres artistes de Mad magazine, mais je suis vraiment comme Dave Berg. Ses dessins ont encapsulé mes doutes sur moi-même. Les hommes dans ses dessins sont comme des poupées Ken. Je me demande s’il avait une poupée Ken et s’il lui faisait prendre la pause sur son bureau. En fait, je parie que c’est pour ça qu’ils ont ces jambes bizarres et c’est probablement pour ça que chacun a l’air si anatomique ».(3)

Ailleurs, l’artiste commente une autre œuvre de la même période, « The Colossus » 1994. Il apporte cette précision : « ces yeux bizarres viennent probablement du fait que ces hommes ont d’abord été des femmes. La plupart du temps, je trouvais des images tristes de femmes dans le New York Times dans la rubrique des obsèques… Je les transformais en hommes et je leur mettais un maquillage qu’ils n’auraient jamais voulu porter »(4).
Plus loin, commentant le tableau « The New Guy » 1994, il révèle ceci :
« Ces peintures d’hommes sont arrivées au moment où ma relation de l’époque se fissurait. Je ne les envisageais pas comme androgynes, je les pensais plutôt comme « chassés », comme les personnages de la Période Bleue de Picasso. Je les imaginais divorcés et aujourd’hui, ils sont un peu hors du marché. Je ne voulais pas faire d’observation sociologique approfondie – c’était des autoportraits » (5).


 

Notes :
(1) L’exposition a été présentée au Dallas Contemporary du 15 septembre au 22 décembre 2019 et a fait l’objet d’un catalogue « John Currin : Men » publié par Gagosian.
(2) C’est le titre de l’essai d’Alisson Gingeras, commissaire de l’exposition.
(3) John Currin in “John Currin: Men”, p. 68.
(4) Ibid. p. 2
(5) Ibid. p. 86

 

United Kingdom Free Bets Bookmakers
Revew WillHill Here 100% bonus

Ladbrokes check here

Review Betfairclick here bonus