Richard Artschwager

Crate Sculpture

1995
Bois, vis métal
184,2 x 121 x 55,5 cm
Collection FRAC Limousin (Inv. : 199730)
© Adagp, Paris
Crédit photographique : Frédéric Magnoux

Artschwager

Nous avions imaginé faire le voyage jusqu’à Bilbao pour voir l’exposition rétrospective consacrée à Richard Artschwager (1923 – 2004) où est présentée cette sculpture de notre collection. Les expositions conséquentes consacrées à cet artiste mort en 2004 sont suffisamment rares pour être signalées et pour s’y déplacer.
Comme le résumait Patrick Javault dans un texte publié en 2007, « Richard Artschwager s’est vu affublé de presque toutes les étiquettes importantes des années 60 et 70 (pop, minimal, conceptuel…), ce qui ne l’a pas empêché de rester longtemps en léger retrait de la scène artistique américaine, avant de s’imposer au début des années 80 comme un précurseur génial ».(1)
Nous avons reçu un épais pavé édité par le fameux critique d’art Germano Celant à l’occasion de cette exposition d’abord présentée au MART de Trento e Rovereto, puis au Guggenheim de Bilbao. On y trouve un texte d’introduction, « Richard Artschwager. In Between », où le critique resitue le parcours de l’artiste dans différents contextes. On apprend ainsi qu’il fréquenta en 1949-50 l’école créée à New York par Amédée Ozenfant où il retient « avoir dû apprendre à produire des travaux précis, très ordonnés, pré-visualisés, pour reprendre un des termes favoris d’Ozenfant. Mais pas en tant qu’idéal en soi, plutôt comme un instrument ou un ingrédient pour générer certaines sensations »(2). Il débuta comme ébéniste en 1953, puis à partir de 1960, commença à réaliser des dessins et des peintures inspirées notamment de Jasper Johns, pour ensuite se consacrer à ses premières « sculptures-images » à base de contreplaqué, de motifs de bois peint en noir et blanc. Ensuite, il fit la découverte de la matière la plus « ignoble » de l’époque (3), le Formica et ses aplats roses, jaunes, ses motifs faux marbres, faux bois,… Ses sources d’inspiration croisent le productivisme russe, le futurisme italien, le néo-plasticisme hollandais, vont souvent vers des objets utilitaires ou des propositions artistiques fonctionnelles, telle la fameuse sculpture de Marcel Duchamp « Porte 11 rue Larrey » 1927 (4).
Les peintures photo-réalistes sur cellotex, une fibre végétale proche du papier mâché, basées sur des coupures de presse agrandies par quadrillage sont également passées en revue. Ainsi que les « Blps », sculptures en forme d’ellipses qui proviennent des signaux radios et qui sont dispersées dans l’espace de la galerie, du musée, ou en extérieur, l’artiste ayant toujours eu à l’esprit les conditions de présentation de l’œuvre et ses relations particulières à l’espace environnant.(5)
Ce livre est passionnant pour sa partie chronologique très détaillée, parsemée de citations de l’artiste et émaillée de nombreuses illustrations : œuvres, détails et sources, vues d’exposition, cartons d’invitation, couvertures de catalogues, etc. Parmi celles-ci, on remarque celle de l’installation de l’exposition à Portikus, Frankfurt/Main où cette nouvelle série de « Crates » est apparue pour la première fois en 1993.(6) Puis celle de l’exposition « Archipelago, 8 Crates » 1994, à la Fondation Cartier, Paris. Mais c’est surtout la série de six photographies de chaque sculpture sur fond blanc publiée en début d’ouvrage qui éclaire le principe de « sculpture-image » mis en œuvre par Artschwager à cette période. On y distingue nettement les formes allusives d’un piano droit, d’une table basse, d’une boîte simple et oblongue, d’un marchepied, d’un angle,… Et surtout, en regard de cette série de sculptures d’emballage, sur la page opposée, une des sources d’inspiration, un tableau de René Magritte de 1950, « Perspective : Madame Récamier de Gérard ». Pour Celant, « les « Crates » étendent le sens de la désorientation et de la confusion entre la réalité de l’objet ordinaire et l’artifice de l’imagination. Elles répondent à une perspective différente baignée d’humour et d’ironie, lorsque Artschwager identifie un container de pin avec l’emballage d’œuvres d’art, et Magritte avec un cercueil dans « Perspective : Madame Récamier de Gérard » 1950 et « Par une belle fin d’après-midi, 1964. Ce « détour » transforme « l’aspect des caisses, grand, gros et stupide »(7), en éléments qui peuvent renvoyer non seulement au discours électif de l’art, mais aussi aux entités partagées par tous, du piano au meuble, sans parler de la citation des premières sculptures de l’artiste, d’un prie-dieu à une chaise. Une production qui, avec l’allusion à l’emballage, de Man Ray à Christo, fausse les systèmes de perception, et donc l’approche phénoménologique, qui dépayse l’objet-sculpture, en désalignant la sensation visuelle et plastique. »(8)
Dans une note non publiée de l’artiste citée un peu plus loin par l’auteur, on lit :
« La forme regagne sa fierté d’être là, en indiquant un objet avec la silhouette d’une boîte de telle sorte que le contour devienne la destination qu’il indique : le contenu est le contenant »(9).

Yannick Miloux, directeur aristique

Notes
(1) “1996-2006, troisième époque”, éd. FRAC Limousin 2007, p.44.
(2) Richard Armstrong : « Art without Boundaries » in « Richard Artschwager », Whitney Museum of Modern Art 1988, in Germano Celant “Richard Artschwager”, éd. Silvana Editore / Mart, 2019, cité par Germano Celant p. 15
(3) pour reprendre les termes de l’artiste cités par Celant, op. cit. p. 18. Une préoccupation partagée par un artiste comme Georg Ettl qui choisira les formicas invendus au début des années 70 pour faire ses premières sculptures cf. par exemple « Flamingos » 1975, coll. FRAC Limousin.
(4) Cette œuvre de Duchamp consiste en une porte qui se situe à la jonction de trois pièces différentes de son appartement, rue Larrey. Que la porte soit ouverte ou fermée, elle gardait une double fonction.
(5) Olivier Mosset, amateur de codes géométriques, y fait référence dans une peinture en 1987, « Yellow Blp » (collection FRAC Limousin)
(6) Un ensemble de quatorze sculptures-emballages en pin et contreplaqué fut réalisé en 1993 par un ébéniste de Francfort à partir des dessins de Richard Artschwager.
(7) pour reprendre les termes de l’artiste cités par Celant.
(8) G. Celant, op. cit, p. 32
(9) R. Artschwager, Unpublished Note, June 15, 1992, cite par Celant, op. cit. p. 32

 

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