Olivier Mosset

Yellow blp

1987
Acrylique sur toile, 280 x 140 cm
Collection FRAC Limousin (Inv. : 200419)
© Olivier Mosset / Photo : FRAC-Artothèque

Cocotte noire

1987
Acrylique sur toile, 180 x 180 cm
Collection FRAC Limousin (Inv. : 200418)
© Olivier Mosset / Photo : FRAC-Artothèque

Mosset blp Cocotte


Ces deux tableaux d’Olivier Mosset devaient faire partie de l’exposition rétrospective actuellement présentée au MAMCO de Genève. Pour des questions de budget, les organisateurs ont finalement renoncé à leur présence. Cela nous incite malgré tout à leur consacrer un article. Ces deux œuvres de 1987 appartiennent à l’époque où l’artiste revient à la composition après une période consacrée au monochrome, souvent de très grand format. Cette période dite des « abstractions trouvées » (1) est un moment particulier dans l’itinéraire de Mosset. A la fois nouvelle sur le plan formel, cette série d’œuvres fait également écho au contexte de l’art de l’époque, le mouvement Néo-Géo en particulier(2). Si le motif de l’une est facilement décelable, autant par son titre que par sa composition, la seconde apparaît plus cryptée : sa forme ressemble à une pilule jaune sur un fond blanc, et son titre est un code qui renvoie lui même à un précédent code inventé et développé par un autre artiste depuis 1968, Richard Artchwager.(3) Dans le dossier de presse de l’exposition du MAMCO, le parcours de l’artiste est présenté en chapitres plus ou moins chronologiques qui détaillent les séries d’œuvres, les expositions, les rencontres avec d’autres artistes.(3) Dans la partie intitulée « A Step Backward », on lit: “Au début de l’année 1986, Mosset présente une série de tableaux de grands formats au Centre d’art contemporain de Genève. Pour la première fois, l’un d’entre eux peint en 1985 porte un titre : A Step Backwards (Un pas en arrière). Ce titre semble expliciter son abandon du monochrome et son « retour » à la composition, aussi minimale soit-elle. Le tableau en question est encadré en haut et sur les côtés par une bande blanche. Mosset dit s’être inspiré des buts de football dessinés sur les murs d’une cour de prison. Ce retour à la composition s’envisage ainsi dans un rapport ludique à l’illusion. Ce « pas en arrière » indique également une prise de recul sur vingt ans de pratique. »(4) Un peu plus loin, le dernier chapitre “abstractions trouvées” est consacré aux « shaped canvases » (tableaux mis en formes) du début des années 1990, une pratique déjà accréditée par des peintres comme Frank Stella ou Ellsworth Kelly. A la lisière de la sculpture, ce jeu avec le format traditionnel du tableau permet à Mosset une réinterprétation de certains de ses motifs, mais aussi un hommage à d’autres artistes. Le « Yellow Blp » qui nous occupe ici est peint sur un format rectangulaire vertical non découpé où le motif occupe presque toute la surface du tableau. Seuls les quatre angles sont en réserve blanche et se confondent avec le mur blanc. La surface oblongue d’un jaune vif et saturé paraît également dominer le regardeur par son échelle légèrement plus grande que la taille humaine. Ce tableau en forme de signal s’inspire d’une série d’œuvres produites par l’artiste américain Richard Artschwager pendant une trentaine d’années. Les « blp » commencèrent à partir d’une série de dessins de signes de ponctuation. Débutée en 1968, « cette série d’œuvres est basée sur la même forme, une sorte de tranche semi-ellipsoïde, qui peut être déclinée avec divers matériaux, rigides ou souples, depuis le plastique jusqu’au caoutchouc, en deux ou trois dimensions, que l’artiste disperse librement dans les espaces d’expositions. Il eut l’idée de ce nom en enlevant le i du mot « blip », qui renvoie au son haute fréquence émis par un équipement électronique ou à une interruption dans une séquence de signes ou de signaux. Ces « blps » … étaient disposés pour la plupart verticalement et interrompant l’espace. Il ne reflétaient aucun ordre dans leur disposition, marquant simplement la position où ils étaient placés. Ils prenaient possession de la situation, sans autre logique ou raison que leur effet visuel. Leur mouvement était dans la position hybride de la chose qui existe mais qui n’a pas d’autre fonction que celle d’occuper le champ visuel. »(5) Dans un texte de référence à propos du « blp », Artschwager précise: « C’est une invasion insouciante de l’espace social par un élément artistique totalement inutile en forme de logo. Il est de petite taille, a une haute visibilité, et il refuse délibérément de renoncer à son inutilité. C’est un instrument d’observation inutile. En étant de petite taille et de haute visibilité, il convertit l’environnement immédiat à l’Inutilité. C’est sa « fonction ». Il se rapproche le plus possible de l’art pur tel qu’on peut imaginer ».(6) Réinterprétant ce motif codé en forme de logo inutile et lui donnant une nouvelle visibilité – par sa taille, sa couleur et son cadrage aux limites du format, notamment - Olivier Mosset, comme beaucoup de peintres de cette période, emmène la peinture abstraite à la lisière de l’ornementation. Ici, le motif devient un emblème, un signe héraldique, comme le souligne Markus Brüderlin dans la somme qu’il a consacré à ces questions, « Ornement and Abstraction », en 2001 (7). En même temps qu’à l’époque, en 1987, il faisait un « pas en arrière », Mosset insistait sur l’envahissement jusqu’à saturation de l’électronique dans nos vies, aussi bien sur le plan visuel que sonore. Trente-cinq ans plus tard, la question reste entière.

Yannick Miloux.

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