Johan Larnouhet

Sans Titre, 2016,
Huile sur toile
150 x 180 cm
Collections FRAC-Artothèque Nouvelle-Aquitaine (inv. 201913)
Larnouhet Sans titre

Le parcours de Johan Larnouhet, né en 1988 à Marseille, est encore très récent. Attiré très jeune par le dessin, il s’inscrit à l’Ecole des Beaux-Arts de Marseille dont il sort diplômé en 2009 (1). Dès cette époque, il s’intéresse à l’architecture moderne bien présente à Marseille et aussi à la photographie documentaire (Eugène Atget, Walker Evans, Bernd et Hilla Becher, la photographie objective allemande, …).
En 2011, il poursuit ses études pendant un an à Hambourg, auprès de Werner Büttner et de Jutta Koether. Se souvenant de cette époque, il précise : 
« C’était intéressant de voir à quel point leur relation à la peinture et à sa conception diffère d’une école à l’autre. Cela m’a beaucoup fait réfléchir sur la notion de « style ». 
Il termine son cursus à l’ENSBA à Paris dont il sort diplômé en 2013(2). A partir de cette date, il commence à exposer son travail, au Salon de Montrouge, puis dans quelques expositions collectives, et il participe à des résidences. C’est en 2018 qu’il passa un mois à Chamalot, résidences d’artistes en Corrèze, et que je vis pour la première fois ses travaux.

Lorsqu’on se penche sur la production picturale de Johan Larnouhet, on est frappé par l’enchevêtrement d’espaces qui semblent se tramer sous nos yeux. Des éléments architecturaux y sont en partie décrits, dans différentes perspectives et selon des éclairages très marqués. Angles de murs et retables ouverts, étais et éléments de constructions avec des percées, fenêtres ouvertes sur un horizon lointain, multiples effets de grilles, de tapis, de carrelages noir et blanc, de treillages et de claustras, tous paraissent comme des « décors abandonnés » pour reprendre la formule limpide d’un jeune critique (3).

Prenons l’exemple de ce tableau sans titre, daté de 2016. Sur un format ample et rigoureusement carré, l’artiste a organisé sa composition le long d’une diagonale qui irrigue le regard. Dans un espace décrit de façon faussement symétrique et composé de trois murs principaux, le peintre a distribué des évènements plastiques très habilement répartis. A droite, au dessus d’un meuble de rangement vu de trois-quart, une fenêtre découpe le mur pour laisser percevoir une très courte ligne d’horizon résumée à des modulations de bleus très vifs, ciel et outremer, d’une grande intensité. Le mur du fond montre une vaste porte légèrement entrouverte (par où pourraient passer des décors, de grands tableaux ?) et se poursuit sur le mur de gauche après un angle inversé, comme en relief. Au sol, un carrelage répétitif de losanges tricolores aux tons bleu et gris stabilise l’ensemble en donnant le sentiment d’une progression régulière. La lumière vient de l’extérieur et se matérialise sous nos yeux. Il faut sans doute imaginer hors-champ la grille d’une serre ou d’une véranda pour voir apparaître ce quadrillage de lumière qui balaye l’espace et se répand sur les murs et au sol dans la partie gauche du tableau. Au cœur de cette zone très lumineuse, l’artiste a disposé une poutrelle de bois, oblique sur la paroi, qui prend la lumière de façon si contrastée que la partie haute semble en bois brut, alors que le bas paraît poncé. La présence de cette poutrelle permet au peintre de simplifier la trame de la grille projetée sur les murs et au sol et de la résumer en un rythme beaucoup plus lent. Notons le décrochement de cette grille sur le mur du fond qui inclut la projection du bas de la fenêtre, puis du haut du meuble de rangement, redoublé par la surface légèrement pivotée de la porte entrouverte. Revenons enfin dans la partie gauche en bas du tableau pour nous perdre dans le réseau de lignes devenu très complexe. Cette partie du sol est directement éclairée. Elle permet au peintre de superposer les deux grilles, celle du carrelage losangique et celle du quadrillage lumineux.

A travers cette description détaillée, on comprend que Johan Larnouhet cherche à la fois à capter notre attention et à nous égarer. Il nous met en position d’assister à une séance de projection lumineuse, spectateur du spectacle, en quelque sorte, et de percevoir en détail les modulations des rythmes colorés. Il surjoue les effets illusionnistes de la peinture, accentue les contrastes lumineux, joue sur les effets de matière, la composition étant très précisément dessinée et structurée. Chaque zone peinte fait l’objet d’une attention soutenue pour « incarner » les différentes matières.
Souvent, dans ces « décors abandonnés », l’artiste dispose quelques meubles ou objets, toujours avec une très grande économie : table, étagère, bac, poteaux, structure… Parfois, des fragments de tableaux apparaissent, appuyés contre un mur, qui font penser à une ambiance d’atelier ou d’exposition en cours d’accrochage ou de démontage.

En 2018, le jeune critique Théo-Mario Coppola résume la démarche de l’artiste :

« La peinture de Johan Larnouhet est un art de la synthèse, réalisant le rapprochement des éléments par l’épure, laissant peu à peu disparaître les sources. Sa peinture convoque aussi bien des références à la renaissance italienne, qu’à la peinture métaphysique ou à l’art minimal. Par juxtaposition, Johan Larnouhet accentue le contraste, formalise les oppositions, suggérant les coulisses de la peinture, affirmant son goût pour une architecture labyrinthique et utopique.» (4)

Depuis ce tableau de 2016, la démarche de Larnouhet a continué à se déployer. Sa palette, notamment, s’est considérablement étoffée et lui permet des audaces dans le rendu de certaines textures et matières, le papier peint, en particulier. Toujours guidé par un sens de l’économie très maîtrisé, l’artiste a également réalisé des visions rapprochées ou des vues de détails : représentation de dessin épinglé sur un mur de papier peint ; ou encore, tableau de moyen format décrivant, avec toutes les nuances de blanc, de gris et de lumière, une simple feuille de papier blanc dépliée (5).

A propos des différents espaces de représentation qu’il juxtapose dans ses peintures, l’artiste explique :
« Je veux neutraliser ces espaces, qu’ils deviennent transversaux, entre espace fictif et espace réel…Je veux témoigner sur notre façon d’emprunter, de circuler et de reconstruire à partir de plusieurs sources d’information. » (6)

Les reconstructions picturales minutieusement élaborées par Johan Larnouhet nous invitent à naviguer dans des représentations d’espaces déjà éprouvées, depuis la Renaissance jusqu’à aujourd’hui, pour mieux nous familiariser avec les réalités virtuelles de demain.

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