Cathy Jardon

DECALL1, 2008
Acrylique sur toile, 100 x 100 cm
Inv. : 201119
DECALL2
, 2008
Acrylique sur toile, 100 x 100 cm
Inv. : 201120
Ecke (coin)
, 2017
Acrylique sur toile, 170 x 140 cm
Inv. : 201817
Collections FRAC-Artothèque Nouvelle-Aquitaine
© Adagp, Paris / Crédit photographique : Frédérique Avril

Focus Jardon



 

Trois tableaux de Cathy Jardon
Est-ce le fait d’avoir exposé trois tableaux de Cathy Jardon récemment ? - le plus récent lors de l’exposition « Clichés-peintures » à l’ENSA au printemps, les plus anciens à Treignac dans l’exposition « L’œil de Sonia, nouvelles voies abstraites » en juillet – nous voulons revenir le temps d’un article sur la démarche singulière de Cathy Jardon. Dans un catalogue monographique trilingue, publié en 2018 sous la houlette de Carsten Erdle (1), les dix dernières années de recherche picturale de l’artiste sont résumées selon quatre chapitres chronologiques (2) complétées par un opus d’esquisses, pages de carnets, croquis, où l’on mesure la préméditation des tableaux, ainsi qu’une biographie et un entretien avec l’artiste.
Dans le texte d’introduction, Carsten Erdle narre de façon très détaillée la biographie de l’artiste, depuis sa naissance à Belfort en 1979, son enfance en Bourgogne et sa fascination pour le polyptique de Roger Van der Weyden « Le jour du jugement dernier » des hospices de Beaune, son inscription à l’Ecole nationale des Beaux-Arts de Dijon à l’âge de 20 ans, son premier séjour d’étude en Allemagne, un trimestre à Mayence, puis son inscription à l’Ecole des Beaux-Arts de Hambourg en 2003. Un chapitre entier s’intitule d’ailleurs « dans la classe de Franz Erhard Walther »(3) tant ce passage dans sa formation est important. L’auteur précise : « dans un environnement dominé par la peinture figurative, elle commence à s’intéresser à des variations de formes géométriques simples. Sa préférence va à l’étude de rectangles et de rayures qu’elle peint de façon clairement délimitée et très contrastée sur une même toile. « Patchwork » est le terme générique qu’elle choisit pour tous ses travaux. Après six mois d’attente, elle obtient enfin un rendez-vous avec F.E. Walther qui l’intègre dans sa classe en 4ème année. Elle est la seule étudiante qui s’intéresse à l’abstraction géométrique. Une de ses sources d’inspiration est l’ancien groupe d’artistes français B.M.P.T. et le groupe Supports/Surfaces dont les œuvres provocatrices des années soixante remirent en question le concept de la peinture. Sur les conseils de Walther, Cathy Jardon contacte Daniel Buren qui enseigne encore à l’Académie des Arts de Düsseldorf. Il accepte de la rencontrer à plusieurs reprises. Cet enseignement lui apporte une ouverture d’esprit – de Buren elle dit : « Buren parle du degré zéro de la peinture », comme Roland Barthes du « degré zéro de l’écriture ». Mon travail n’a pas cette radicalité » (4) - et une liberté qui doit beaucoup au maître allemand dont Jardon parle en ces termes : « Franz-Erhard Walther est pour moi le grand maître de la forme. Il la reformule sans cesse : le repos, la présence, l’activation, l’extension de la forme, sa transformation, etc…non seulement sa représentation (je veux dire : dessinée) mais la forme en tant qu’objet dans l’espace »(5).
En 2006, elle obtient un double diplôme, à Dijon et à Hambourg, et décide de s’installer à Berlin.
En 2009, paraît son premier catalogue où un texte de Franz-Erhardt Walther éclaire sa démarche naissante. Il écrit : « Il est troublant que la décision des formes et des couleurs soit impulsive et spontanée, alors que la physionomie de l’image suggère un travail de réflexion très élaboré. Mais le second regard sur les peintures dévoile le moment de spontanéité. Les formes en particulier et dans leur ensemble se lient de telle sorte que se constitue une conception d’image convaincante qu’aucun calcul complexe ne permettrait de surpasser »(6).
Les deux tableaux intitulés « Decall 1 » et « Decall 2 », datés de 2008, font partie des « Patchworks », selon le terme employé par l’artiste, et se présentent de manière simple et directe. Sur un format carré, chaque tableau présente deux motifs assemblés. Pour l’un, une double trame de croix blanches sur fond bleu clair recouverte d’une grille aux tons bleu et noir, alignée par le bas et par le côté droit du format. Cette double trame est ajustée à un motif de rayures roses et bleu pâle selon un rythme binaire : un trait épais, un trait fin, ainsi de suite. « Decall 2 » montre une grille blanche sur fond bleu plus ou moins foncé posée de guingois sur une trame plus fine de bandes roses et jaunes croisées sur fond blanc qui rappelle le tissu Vichy. Pour les deux tableaux, c’est à partir de l’angle supérieur droit que s’opère la bascule des trames colorées dont les découpes ne coïncident qu’en partie avec le format carré du tableau.
Depuis 2005, l’artiste a commencé à travailler dans cette voie. « Décalé n°1 » (2005) superpose une bande rayée verticale sur une trame légèrement oblique. « Paravent », de la même année, juxtapose trois motifs tramés et rayés selon une verticalité légèrement altérée. « Rouleaux » de 2007 juxtapose huit bandes différentes selon un principe proche. Les deux grands formats de 2007, « Way » et « Essitam » prolongent ces systèmes d’associations décalées de bandes de couleurs en multipliant les incidents rythmiques et colorés à la surface du tableau.
Signalons également la recherche sur les toiles pliées, dégrafées et froissées parfois jusqu’au sol que Cathy Jardon entreprend à la même époque dans une veine proche de Stephen Parrino. Le répertoire de Cathy Jardon s’ouvre et se déploie ensuite dans des directions variées. Comme le souligne Carsten Edler : « le travail de Cathy Jardon tourne encore et toujours autour de la démystification de la peinture. L’artiste jongle avec les moyens d’expression élémentaires tels que les lignes, les formes, les couleurs et l’espace… Depuis toujours, elle s’intéresse à des sujets tels que l’exploration de la profondeur de l’espace, l’impression de masse et de volume, les raccourcis résultants de la perspective… »(7).
« Ecke » est un beau format vertical peint en 2017 et fait partie des recherches de l’artiste sur la perception tridimensionnelle menées à partir de 2016 avec des scientifiques (8). Des espaces colorés y sont décrits sous forme de rectangles de couleur dont la juxtaposition fabrique des plans. Dans « Ecke », on perçoit deux plans verticaux qui forment un angle légèrement décentré par rapport au format. Ce qui apparaît d’abord comme un pli presque symétrique de l’espace s’avère en fait beaucoup plus nuancé au second regard. On perçoit peu à peu un effet-miroir. La répartition des éléments colorés est dépliée selon l’axe presque vertical et central. La partie droite est nettement plus lumineuse que la gauche où les couleurs apparaissent plus sourdes : le gris foncé à gauche devient clair à droite, le jaune verdâtre devient citron, le bleu outremer s’éclaircit nettement, etc. Le point focal du tableau se situe à peu près aux deux tiers de la hauteur, au sein de deux zones roses contigues, thirien à gauche, incarnat à droite. Reculant à nouveau, l’effet de flottement et de suspension est manifeste.
La « formule » de ce tableau a été déclinée selon d’autres formats et cadrages à partir de 2016 pour aboutir à des œuvres récentes telles que « Digital Abstraction » (2019) ou « Dyschromatopsie » (2020) qui s’approchent de la recherche ophtalmologique. Le daltonisme et les distorsions de perception sont des nouvelles voies proposées par l’artiste à l’heure du numérique généralisé.
Pour conclure provisoirement, car la démarche de Cathy Jardon nous promet encore plein de surprises, nous nous souvenons du premier texte particulièrement intuitif du critique d’art Pierre Giquel à son égard, publié en 2010, où il écrit : « Quand je rencontrais Cathy Jardon, ou plus exactement ses propositions picturales, je savais d’emblée, dans les secondes qui suivirent, que j’avais affaire à un tempérament, de ceux qu’on n’oublie pas. J’avais affaire à une pensée complexe avec des affirmations qui ne se privaient pas d’audace et des doutes qui fortifiaient encore plus mon attirance et ma curiosité »(9).

Yannick Miloux, décembre 2020.

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