2015 - Collection en mouvement, Rire jaune et humour noir, Compreignac

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Bibliothèque de Compreignac

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place du 8 Mai 1945

87140 Compreignac

Exposition 8 octobre au 14 novembre 2015

  • Guillaume Pinard, Tentative de générique, 2003 Tirage lambda contrecollé sur aluminium, 100 x 120 cm
    collection FRAC Limousin / © G. Pinard
  • Boyd Webb, Prehensile Torpor, 1977 Photographie couleur collées sur carton et texte manuscrit, 34,86 x 49,88 cm
    collection FRAC Limousin / © Adagp, Paris


Œuvres de Glen BAXTER, HIPPOLYTE HENTGEN, Guillaume PINARD, Boyd WEBB.
Collections du FACLim, de l'Artothèque et du FRAC Limousin.

Opération réalisée par le FRAC- Artothèque du Limousin, le FACLim en avec la municipalité de Compreignac.

En choisissant de réunir ces œuvres graphiques autour du thème de l’humour, nous souhaitons confronter les démarches de deux illustres artistes britanniques avec les œuvres de trois jeunes artistes français. Ces artistes de générations différentes pratiquent le dessin (et la mise en scène photographique) sous des formes plastiques très diverses : dessins colorés sur papier, photographies mises en scène et mises en page, sérigraphies, tirages numériques, films, etc. On peut voir leurs œuvres dans des journaux, des magazines, des livres, des salles de cinéma, et aussi parfois dans des expositions.

Glen Baxter, né en 1944 à Leeds, est sans doute le plus connu car il a choisi de diffuser son travail en le publiant dans les journaux et les magazines (New Yorker, Vanity Fair, The Independant on Sunday). Ses dessins colorés reprennent les codes de l’illustration romanesque des années 50, ses années de jeunesse, et donnent crédit à des moments loufoques totalement absurdes. L’univers enfantin auquel il donne corps par ses images aux traits précis et à la mise en scène toujours finement réglée est systématiquement contrarié par le texte qui accompagne l’image. Une forme très aboutie du fameux nonsense britannique.

Boyd Webb est né en 1947 en Nouvelle Zélande et est venu à Londres très jeune. Son œuvre de mise-en-scène photographique est apparue sur la scène anglaise à la fin des années 70, se développant de plus en plus avec de grands tirages dans des formats souvent proches du tableau, jusqu’à de spectaculaires films d’animation au tournant du siècle. L’univers qu’il déploie peut être sous-marin, pseudo-scientifique ou exotique, mais ne se départit jamais d’une bonne dose d’humour. Ici, cette œuvre ancienne nous invite à contempler ce qui ressemble à un livre ouvert - mais qui ne repose en fait que sur une forme schématique rose sur un fond orangé - où deux photographies où le brun d’une commode et les costumes bleus des personnages se répondent. Cadrées selon deux moments et deux points de vue différents, les images fabriquent une sorte d’avant/après où se mélangent les causes et les effets, dans une savoureuse ambigüité.

Le duo formé par Gaëlle Hippolyte (née en 1977) et Nina Hentgen (née en 1980) depuis 2003 leur a permis de développer une recherche hybride faite de dessins, de sculptures et d’environnements pour des spectacles où la technique de juxtaposition d’images est poussée à son comble. Les deux artistes unissent leurs efforts et se partagent les tâches pour greffer des fragments d’images et de formes les unes sur les autres. Cette méthode surréaliste (dite du « cadavre exquis ») est systématisée et rendue productive, comme une petite entreprise, en résonance curieuse au déferlement continu d’images du monde contemporain.

Guillaume Pinard, né en 1971, est un véritable prodige du dessin. L’envergure de sa démarche graphique est très large, du classicisme à la Watteau au dessin numérique ; il peut aussi bien réaliser un dessin a fresco à la pierre noire sur un mur qu’un dessin animé, ou peindre des petits tableaux de chevalet, ou publier un roman graphique. Son œuvre cultive le sens de l’énigme visuelle sous des aspects limpides et séduisants. Le paradoxe d’un dessin précis, façon ligne claire, pour aborder des mondes complexes, ceux des fantômes, des relations conjugales, de la télévision, du tourisme culturel, ou du voyage intérieur.
Paradoxe des titres de ces sérigraphies noires sur papier coloré : abricot, blanc, géranium, maïs, pistache, violette ... qui font semblant d’adoucir (de parfumer ?) une séquence d’images striées (comme issues d’écrans de télévision) particulièrement gores et cruelles.

Dans le langage courant, on attribue parfois une couleur à l’humour pour tenter de le qualifier. Rire jaune est souvent synonyme de revanche, par exemple, et le noir de l’humour atteint parfois les limites de la cruauté. A travers cette exposition, on peut essayer d’associer une couleur à un certain type d’humour. Ainsi, si l’humour de Guillaume Pinard est globalement noir, on pourra juger certaines de ses œuvres plus sombres que d’autres, et chercher des nuances.
De même, dans ces confrontations entre humour anglais et esprit gaulois, on pourra tenter de saisir les nuances du non-sense d’un Glenn Baxter en regard de l’esprit d’escalier d’un Boyd Webb.

Y. Miloux, septembre 2015