2017 - Sarah Tritz, J'ai du chocolat dans le cœur

Exposition du 6 octobre 2017 au 20 janvier 2018
Prolongation jusqu'au 10 février 2018


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Sarah Tritz, née en 1980, appartient à cette jeune génération apparue sur la scène de l’art il y a une dizaine d’années qui puise dans le vaste répertoire des formes et des idées aujourd’hui disponibles pour donner à ses œuvres délibérément polymorphes (peintures, dessins, sculptures, installations), une consistance et une densité renouvelées. Si sa démarche peut paraître hétéroclite, aussi bien dans ses sources que dans la manière de les transformer (un tout petit dessin peut devenir une sculpture monumentale) ou de nommer ses expositions (« Un joyeux naufrage », « L’œuf et les sandales », « Diabolo mâche un chewing-gum sous la pluie et pense au cul », « J’ai du chocolat dans le cœur »), Sarah Tritz inscrit ses recherches dans les paradoxes de notre époque déhiérarchisée tout en faisant preuve d’un formidable appétit pour les ruptures de style et d’une attention soutenue aux moindres détails.
Son art de l’assemblage - des formes, des techniques et des idées - n’est pas fait pour rassurer mais propose au contraire une vision particulièrement tonique et stimulante dans le paysage de la création actuelle.

L’artiste parle volontiers de son processus créatif. Elle explique: « Copier, c’est faire sa propre histoire de l’art, ses propres agencements de formes, c’est aussi dessiner un autoportrait en creux. Je commence par mettre en confrontation deux formes précisément choisies, dont les origines et les identités sont éloignées (par exemple une peinture rupestre et un personnage de cartoon). Je les recopie avec plus ou moins de fidélité. La copie permet de les comprendre et d’introduire une dialectique. Après cette mise à plat, je décide de traduire ces modèles via différentes techniques et matériaux ».
Ailleurs, avec beaucoup de lucidité, elle déclare : « Les formes que je fais découlent souvent d’une erreur de pensée et/ou d’une ellipse après avoir fait la synthèse de plusieurs œuvres regardées ».
L’exposition « J’ai du chocolat dans le cœur », avec son titre ambigu qui évoque autant une bluette sentimentale qu’une métaphore douce-amère de la mélancolie, présente des œuvres nouvelles pour la plupart d’entre elles, élaborées par l’artiste pour les espaces très marqués des Coopérateurs. Grâce aux savoir-faire d’artisans spécialisés -céramiste, ébéniste, émailleur, laqueur, etc…- les « erreurs de pensée » de Sarah Tritz prennent des formes troublantes car extrêmement précises. Chaque  forme charrie (en elle-même) plusieurs situations et donne ainsi à voir différentes perspectives. Ces ruptures  ne sont pas seulement là par malice ou par jeu. Elles expriment surtout un désir « politique » de coalition entre des formes très différentes grâce à l’exposition. Commentant ses sculptures, Tritz précise: «  je peux être tous ces personnages, au moins au moment de les réaliser, de les penser, de les imaginer ».
L’exposition est « habitée » par la présence de nombreux personnages dont les constituants plastiques sont très divers. Des dessins souvent partiellement découpés et réalisés au crayon, pastel gras, feutre peuplent l’exposition. Certains ont été agrandis selon une méthode proche du pop art (la grande tête rose,  Allo Savinio) et parfois transférés en trois dimensions, en prenant de l’épaisseur (Be Cooler), voire en s’articulant de façon orthogonale comme dans la statue / pantin à l’entrée de l’exposition. Par la distribution des œuvres, des rapports d’échelle sont mis en tension (entre l’Emoticone et la Grande Tête Rose, par exemple) et contribuent à mettre en évidence le sens de la composition et du détail à l’œuvre chez l’artiste. Chaque salle est composée comme un collage-assemblage où l’on perçoit une dimension scénographique appuyée.  
La mise en scène constitue d’ailleurs le fil rouge de la dernière salle où sont présentés la maquette en plâtre d’un espace théâtral à ciel ouvert, un relief en bronze d’après un modelage librement inspiré d’un tableau métaphysique (De Chirico), sa première peinture abstraite qui explore les mémoires et les techniques de la peinture (Peinture Abstraite N°1), une sculpture-cloison-socle où l’artiste juxtapose les plans du contreplaqué et du métal laqué (L’œil). A la fin de l’exposition, Tritz a tenu à présenter une gouache d’André Raffray (1925-2010) issue de l’histoire du cinéma français. Elle manifeste ainsi son admiration pour l’artiste-illustrateur mais aussi son goût pour ce moment de l’histoire médiatique où théâtre et cinéma n’étaient pas encore séparés. A propos de la mise en scène, Tritz précise : « Mettre en scène, donc tricher et conduire la perception du regardeur par cette mise en scène des formes, et en même temps (et paradoxalement) ne pas tricher au sein des formes ».

Parce que ses références artistiques sont nombreuses et particulièrement fécondes, nous avons demandé à Sarah Tritz de sélectionner des œuvres des collections du FRAC et de l’Artothèque pour les présenter au cœur de son exposition. Dans la petite salle blanche, le troisième épisode du programme intitulé « L’œil de l’artiste » est présenté. Il comprend les œuvres picturales et photographiques de trois artistes de générations différentes (André Raffray (1925/2010, FR), Antoni Miralda (1942, Espagne) et John Currin (1962, USA) réunies autour d’une sculpture récente du jeune Jean-Charles de Quillacq (1979, Fr). Les thèmes du désir masculin et de l’image de la femme sont ici explorés, non sans être remis en question par la sculpture « clonée » au milieu de la salle. L’artiste précise ses choix et ses motivations dans un texte éclairant publié plus loin.
Rappelons qu’au cours des deux volets précédents de « l’œil de l’artiste », Tritz avait d’abord choisi d’associer Jan Krizek (1919-1985), Georg Ettl (1940-2014) et Stephen Felton (1975) autour de la question du dessin, puis Shirley Jaffe (1923-2016) et Franz West (1947-2012) avec deux de ses propres œuvres dans une confrontation subtile de formats et de couleurs.
Pour conclure provisoirement, laissons une dernière fois la parole à l’artiste: « Déplacer la situation réelle vers une autre imaginaire et imaginée, c'est à cet endroit que se situe la poésie ».

Yannick Miloux, octobre 2017.

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