2015 - Tableaux, conversations sur la peinture

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Exposition du 20 février au 30 mai 2015
Prolongation jusqu'au 9 juin

  • Amélie Bertrand, Sans titre, 2009 Huile sur toile, 180 x 210 cm Collection FRAC Limousin / © A. Bertrand
  • Alain Doret, Entre ciel et terre, 2013
    de la série : tableaux d’expositions
    Huile et collage sur toile, 200 x 250 cm Collection FRAC Limousin / © A. Doret
  • Florent Contin-Roux, Nord Atlas (détail), 2008 Acrylique et laque sur toile, 100 x 100 cm
    de la série : Paint it black Collection FRAC Limousin © F. Contin-Roux
  • Marion Bataillard, Sans titre(détail), 2013 Peinture à l’huile sur contre-plaqué 33 x 39,5 cm
    Sous-titre : Annonciation Collection FRAC Limousin © M. Bataillard
  • Ernest T., Paysage exotique (1907) du Douanier-Rousseau (détail), 1994 Ernest T., Paysage exotique (1907) du Douanier-Rousseau, 1994 Huile sur toile 73 x 92 cm Collection FRAC Limousin © Ernest T.

 
Œuvres de : Marion Bataillard, Yves Bélorgey, Simon Bergala, Amélie Bertrand, Werner Büttner, Nina Childress, Florent Contin-Roux, John Currin, Alain Doret, Franck Eon, Ernest T., Laurent Proux, André Raffray.

Tableaux, conversations sur la peinture, sur son apprentissage et son enseignement, notamment...

Cette exposition réunit plusieurs générations de peintres français (et internationaux) nés pour la plupart après 1960. Par la densité et la variété des œuvres montrées, elle permet de s'intéresser aux sujets du peintre, à son programme pictural obsessionnel ou sériel, fantaisiste et libre ou au contraire, plein de circonspection. Parce qu'elle présente des œuvres de générations successives elle tente également de sonder les influences, puisque beaucoup de ces peintres enseignent ou ont enseigné la peinture.

La dimension anachronique de la peinture (à l'ère du multimédia) est posée : entre une figure comme celle de l'illustrateur André Raffray qui ouvre l'exposition, et celle d'Ernest T. recommençant les Douanier Rousseau manquants qui la termine, l'exposition réunit des tableaux hyper-figuratifs aux sujets et aux traitements singuliers.
La figure « historique » de Werner Büttner (né en 1954), autodidacte de la peinture – il a étudié le droit - permet d'amorcer la réflexion sur la peinture comme « collage peint », pour reprendre l'expression de Max Ernst au sujet de René Magritte.

L'exposition est une déambulation dans une suite d'ambiances contrastées que suggèrent les associations de tableaux.

Après avoir franchi le faisceau lumineux de la vidéo projection de Raffray, et donc avoir momentanément fait partie de l'œuvre, on pénètre dans une première salle de paysages : un grand format « publicitaire » pour un immeuble disparu d'Yves Bélorgey fait face à une vue d'une ville idéale de Simon Bergala, à la fois cristalline, sécuritaire et en travaux. Un tableau de Werner Büttner montre le soubassement d'un immeuble de la banlieue d'Iéna, où est né l'artiste. Un paysage de Florent Contin-Roux parait glisser latéralement, comme vu à travers la vitre d'un train ou d'une voiture.

La salle suivante présente un grand barnum dont la partie centrale a été peinte par Simon Bergala. Cette œuvre témoigne de l'intérêt de l'artiste pour une incursion de son travail de peintre dans la vie courante, sur des vêtements, par exemple. Un tableau ancien de Büttner, suggère par association d'images, une révolution domestique. Les lieux du travail et de la communication sont les sujets de prédilection de Laurent Proux. L'attention qu'il porte aux différentes matières qui composent ses images y trouve une sorte d'équivalence à son travail de peintre.
En contrepoint, un petit format de Nina Childress montre une page de revue de décoration sélectionnée par un post-it orange.

La salle voisine réunit des scènes d'intérieur. Une bibliothèque ancienne et fluorescente (Childress), un vaste plateau d'émission de télévision (Amélie Bertrand) servent de décor à des peintures spatialisées de Nina Childress. Chaque tableau-écran semble être habitable par le visiteur et dans ce cas, le tableau devient un costume.

La grande salle blanche est une galerie de portraits et de personnages, dont les sources sont aussi bien des photographies que des images imprimées, publicitaires ou télévisuelles.
Une aile réunit deux tableaux où John Currin veut incarner des clichés, deux de Childress, l'un superpose deux images, l'autre fait palpiter une statue en bronze de Manzu, et un ensemble de petits ex-votos fantasmatiques où Marion Bataillard donne vie à ses rêves les plus fous.
En face, les perruques de Childress flottant sur un fond bleu vaporeux voisinent avec un tableau noir et blanc fortement pixellisé jusqu'à l'éclaboussure de Contin-Roux.
A côté, le diptyque de Franck Eon rappelle la lancinante présence soporifique de l'inspecteur Derrick. En face, des spectateurs d'opéra sont médusés et pétrifiés dans le décor de la Scala de Milan sous le pinceau de Childress. Un second tableau de statue de Childress ouvre vers l'espace urbain.

Près de l'escalier, un tableau récent d'Yves Bélorgey fait face à une peinture « mnémonique » en noir et blanc de Florent Contin-Roux.

Dans le cabinet voisin, un ensemble de dessins récents et toujours en cours d'Yves Bélorgey sur la rue des Pyrénées, une des plus longues de Paris, évoque sans aucun doute la démarche documentaire du photographe Eugène Atget, au tournant du XlXéme et XXéme siécle. On retrouve un vaste format décrivant le même square, un autre dessin partiellement viré en rose, et une série de moyens formats qui montre les forts contrastes lumineux des vitrines, escaliers, pas de portes.

Dans la salle suivante, un grand format récent d'Alain Doret propose un aperçu détaillé de son propre parcours artistique. Ce tableau d'exposition montre différentes facettes de l'œuvre, dont certaines en cours de réalisation.
En vis-à-vis, un ensemble de quinze petites peintures sur bois contreplaqué de Franck Eon (« Heroes ») présente des variations autour de motifs, d'effets visuels et de surfaces de couleur.

Dans la dernière salle qui a conservé le « Dessin mural n°4 » d'Alain Doret, les motifs noir et blanc en suspens accueillent trois tableaux de paysages. Ils peuvent évoquer un monde rétro-futuriste (Eon), une vue d'exposition (Doret), ou encore un paysage pseudo-exotique-naïf (un Douanier Rousseau « manquant » par Ernest T.), si cette catégorie est opérante.

Lorsqu'en 2007, nous avions entamé un cycle d'expositions sur les liens entre photographie et peinture, nous avions interrogé les artistes. A l'époque, la question posée était « Comment peindre après Picabia, le peintre de tous les styles successifs, ou après Richter, celui des différents styles menés en parallèle ? ».
Yves Bélorgey, Nina Childress et Franck Eon nous répondirent, ainsi que de nombreux autres participants. Nous avons envie aujourd'hui de repartir de leurs réponses, de prolonger et d'approfondir les conversations à la lumière de l'évolution de leurs parcours de peintre et d'enseignant en confrontant leurs œuvres à celles de certains de leurs élèves et à celles d'autres jeunes artistes qui persistent à choisir la voie de la peinture, malgré (ou à cause de) la domination des images reproduites.

Y. Miloux, février 2015